Milton Hyland Erickson – Le sage de Phoenix

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Le « sage de Phoenix » a eu une influence considérable dans le développement des thérapies brèves, posant les bases de ce que l’on nommera hypnose ericksonienne et influençant nombre de pratiques. Il serait en fait plus aisé de se demander ce que Erickson n’a pas initié, tant sa pratique était riche en éléments qui devinrent autant de développements ultérieurs, dans le domaine thérapeutique et dans celui plus large de la communication.

Milton Erickson est né en 1901 dans une communauté de mineurs dans le Nevada. Erickson rencontre des difficultés dans sa scolarité : on le découvre daltonien. Ce handicap présidera à des choix vestimentaires futurs peu communs (il ne distingue que la couleur pourpre). Erickson est d’autre part dyslexique, ce qui entraînera entre autres une conception particulière des apprentissages. Ses handicaps lui permettront d’un point de vue général de faire ses premières expériences de la relativité de la perception humaine ainsi que de la notion de petits progrès qui en entraînent d’autres.

Erickson montre des aptitudes particulières dès ses premières années : « Un jour d’hiver, avec un temps où il gelait à pierre fendre, mon père a conduit un veau hors de l’étable vers l’abreuvoir. Après que le veau se soit désaltéré, ils sont repartis vers l’étable mais le veau obstinément refusa d’avancer et en dépit de ses efforts désespérés, mon père qui tirait la corde ne pouvait pas faire bouger l’animal. J’étais dehors, jouant dans la neige et, observant l’impasse, j’ai commencé à rire de tout mon cœur. Mon père m’a mis au défit de tirer le veau à l’intérieur de l’étable. Reconnaissant la situation comme étant le fruit d’une résistance irraisonnée de la part du veau, j’ai décidé de lui laisser l’entière possibilité de résister, puisque apparemment c’était cela qu’il voulait faire. En conséquence, j’ai présenté au veau un double-lien en le saisissant par la queue et en le tirant loin vers l’étable, pendant que mon père continuait de tirer vers l’intérieur. Le veau a rapidement choisi de résister à la plus faible des deux forces et m’a traîné vers l’étable. »

Adolescent, Erickson vit une nouvelle expérience : il est atteint de poliomyélite. Après un coma de plusieurs jours (et son décès annoncé par le médecin), il se réveille paralysé. Seuls ses yeux peuvent bouger. Il en profite donc pour développer ses capacités d‘observation des autres et du monde qui l‘entoure. Il observe entre autres sa petite soeur qui apprend à marcher. En l’imitant, en multipliant les visualisations, les expériences à partir de micro-compétences ou de gestes involontaires et idéo-moteurs, Erickson se rééduque peu à peu. Il gardera une légère claudication mais aussi de nombreux enseignements de cette expérience.

Erickson commence des études de médecine. En 3ème année, il rencontre l’hypnose à travers une conférence de Hull. S’opposant au conférencier, plus global, classique et directif, il propose déjà une hypnose relativement humaniste, adaptée à la personne avec déjà des éléments comme le naturalisme de la transe, l’utilisation de ce que propose le client et la non-directivité : « Les thérapeutes qui souhaitent aider leurs patients ne doivent jamais mépriser, condamner ou rejeter le moindre aspect de la conduite du patient, simplement parce qu’il est gênant, déraisonnable ou même irrationnel. Le comportement du patient fait partie du problème qui est amené dans le cabinet, il constitue l’environnement personnel au sein duquel la thérapie doit prendre son effet. »

MH Erickson Erickson est médecin en 1928 au Colorado Psychopatic Hospital. Pendant de longues années, en dehors de toute rigidité théorique, il développe des activités de recherche sur l’hypnose générant entre autres l’idée d’un inconscient bienveillant et rempli de ressources.

Plus précisément dans cette conception nouvelle, l’inconscient présentera différentes fonctions utiles :

1. Fonction de connaissances : l’inconscient est une gigantesque archive d’apprentissages, de souvenirs, de connaissances… C’est entre autre le siège des expériences de vie, des croyances, des stratégies internes qui vont générer nos émotions et nos comportements (adaptés ou pathologiques).

2. Fonction biologiques : l’inconscient fait fonctionner notre corps, (équilibres naturels, régulations physiologiques autonomes, système immunitaire, …). Il n’y a pas ici de dichotomie psycho-soma : « L’esprit et le corps représentent deux aspects d’un seul et même système d’information : la vie » (Rossi)

3. Fonction de protection : l’inconscient est le siège de l’instinct de survie mais aussi de l’intuition par exemple et sait rendre conscient ce qui est nécessaire au sujet (prises de conscience), mettre de côté ce qui pose problème ou est inutile (refoulement, oubli). Il est orienté vers le bien-être et la survie.

La notoriété d’Erickson grandit. Il rencontre Margaret Mead, épouse de Bateson au sujet de l’étude de phénomènes de transe rencontrés par l’anthropologue lors de son voyage d’étude à Bali. Ils collaborent à de nombreux projets et études. En 1948, Erickson, pour des raisons de santé s’installe à Phoenix et ouvre un cabinet privé. Malgré cela, il fait une nouvelle attaque de poliomyélite en 1952. Au delà de ces soucis, Erickson continue ses expériences et enseignements. En 1957, il devient président de « The American Society of Clinical Hypnosis » puis en 1958 le rédacteur en chef de la revue « The American Journal of Clinical Hypnosis ».

En dehors de l’hypnose en tant qu’état modifié de conscience, Erickson enrichit la psychothérapie de nombreuses stratégies utiles :

– Fragmentation : pour qu’une problématique soit résolue, les ressources doivent être plus importantes que le problème a résoudre. En le fragmentant en parties plus petites on peut le remettre en cause plus aisément. Une difficulté insondable se transforme ainsi en problèmes limités et donc plus accessibles.

– Progression : la progression est une approche qui là encore diminue l’intensité du problème en mettant en place une série de petits bénéfices. Les succès encouragent le coaché et développent la motivation a continuer le processus de changement qui se fait progressivement. Il y a ici une recherche de la plus petite indication de progrès que l’on retrouve dans la démarche orientée solution.

– Distraction : a distraction est un outil puissant pour désactiver des lectures d’avenir, auto-programmations négatives ou réponses conditionnés à un stimulus. Il s’agit de rompre un cercle vicieux, de détourner l’attention de situations temporaires par un questionnement ou une activité incompatible avec l’automatisme négatif.

– Réorientation : on trouve la réorientation, d’un point de vue général dans tout démarche de changement, puisqu’elle « est » le changement : changement de perspective qui permet d’évoluer dans la perception d’une situation présente ou d’expérience passée. Le rôle du thérapeute n’est pas d’imposer un autre point de vue mais d’élargir le spectre des possibilités.

« – Chef, pourrais-je quitter le bureau trois heures plus tôt, pour pouvoir aller faire des courses avec ma femme ? – Il n’en est pas question ! – Merci, Chef. Je savais que vous ne me laisseriez pas tomber. »

– Utilisation : la stratégie d’utilisation consiste à utiliser ce que le sujet propose, que ce soit fonctionnel ou dysfonctionnel. Le sujet se sent accepté et renforcé dans l’idée qu’il possède les ressources de son évolution. En utilisant même ce qui est problématique, l’individu ne se sent plus « obligée » de changer, les résistances tombent.

« Un vieil Arabe vit depuis plus de 40 ans à Chicago. Il aimerait bien planter des pommes de terre dans son jardin mais il est tout seul, vieux et trop faible. Il envoie alors un E-mail à son fils qui étudie à Paris pour lui faire part de son problème : « Cher Ahmed, je suis très triste car je ne peux pas planter des pommes de terre dans mon jardin. Je suis sûr que si tu étais ici avec moi tu aurais pu m’aider à retourner la terre. Je t’aime, ton Père ». Le lendemain, le vieil homme reçoit un E-mail : « Cher Père, s’il te plaît, ne touche surtout pas au jardin ! J’y ai caché la « chose ». Moi aussi je t’aime. Ahmed » A 4 heures du matin arrivent chez le vieillard l’ US Army, les Marines, le FBI, la CIA et même une unité d’élite des Rangers. Ils fouillent tout le jardin, millimètre par millimètre et repartent déçus car ils n’ont rien trouvé. Le lendemain, le vieil homme reçoit un nouveau E-mail de la part de son fils : « Cher Père, je suis certain que la terre de tout le jardin est désormais retournée et que tu peux planter tes pommes de terre. Je ne pouvais pas faire plus pour toi. Je t’aime, Ahmed » »

Dès les années 60, Erickson devient très influent. Père des thérapies brèves il inspire au fil des ans diverses initiatives, parmi lesquelles :

– Le groupe de Palo Alto : cette école s’intéresse à la communication et au paradoxe (Bateson, Jackson) et génèrera la thérapie systémique et stratégique, individuelle et familiale.

– L’orientation solutions : De Shazer, O’Hanlon et consorts sont des disciples de la démarche ericksonienne.

– La programmation neuro-linguistique : cette discipline fondée par R. Bandler et J. Grinder vient modéliser la démarche ericksonienne.

– La thérapie ordalique : initiée par J. Haley, c’est une thérapie stratégique construite sur la finesse de la prescription de tâche, technique ericksonienne.

– La thérapie provocatrice : construite sur le paradoxe et théorisée par F. Farrelly.

Erickson finit sa vie en donnant quelques consultations et en recevant de nombreuses visites, devenu légendaire mais gardant une simplicité étonnante.

 

Jérôme Boutillier

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